L’essentiel
- Une étude Ecipe publiée en octobre 2026, financée par le lobby CCIA Europe, chiffre à 115 Md€ l’« exposition économique » cumulée du futur Cloud and AI Development Act entre 2027 et 2036 — soit environ six fois l’estimation haute d’environ 18 Md€ de la Commission.
- Près de 70 % de ce scénario central viendrait des migrations applicatives et des réécritures (79,1 Md€ sur dix ans), dont une part importante pour le secteur privé si les exigences de souveraineté s’étendent au-delà de la commande publique.
- IT for Business rappelle que les dépenses européennes en logiciel et cloud versent déjà l’essentiel de leur budget à des fournisseurs américains : le débat macro ne remplace pas votre inventaire de services et votre budget de bascule.
- Changer de cloud ou de virtualisation, ce n’est pas déplacer des machines : annuaires, bases, pare-feu et licences éditeurs suivent — et la coexistence de deux plateformes peut repousser le retour sur investissement.
En réunion de direction, quelqu’un projette un titre de presse : 115 milliards d’euros pour imposer un cloud « souverain » à l’Europe. La salle se fige. Le directeur financier demande si votre propre projet d’hébergement va exploser. Le responsable informatique, lui, sait que le chiffre vient d’une étude commandée par le lobby des grands acteurs américains du numérique — mais il manque de quoi répondre simplement. Ce n’est pas un débat de Bruxelles qui manque : c’est votre liste d’applications et votre calendrier de migration.
D’où sort ce 115 milliards ?
Mi-octobre 2026, le think tank Ecipe publie une analyse du futur Cloud and AI Development Act (CADA), texte européen qui s’inspire notamment du SecNumCloud français en imposant, pour les niveaux les plus restrictifs, de prouver l’immunité face aux lois extraterritoriales. Dans son scénario central, Ecipe estime 115 Md€ d’exposition économique cumulée entre 2027 et 2036. L’étude a été financée par la CCIA Europe, association qui défend notamment AWS, Google, Apple ou Meta — ce qui ne la rend ni fausse ni neutre : elle oriente le débat vers le coût de la bascule.
L’écart avec l’évaluation de la Commission (environ 18 Md€ dans la comparaison relayée par la presse) tient surtout au périmètre : Ecipe modélise des migrations applicatives lourdes (réarchitecture, réécriture), des surcoûts d’exploitation des offres qualifiées et, dans son scénario médian, une extension possible aux entreprises privées des secteurs essentiels — alors que la Commission avait surtout chiffré la commande publique. Pour vous, la leçon n’est pas juridique : quand on change de fournisseur cloud, on déplace rarement seulement des disques.
La facture que vous reconnaissez
Ecipe place 79,1 Md€ sur dix ans dans les migrations et redesign logiciels — près de 70 % du total du scénario central. C’est le poste que vivent déjà les PME qui quittent VMware, un cloud public devenu trop cher ou un hébergeur historique : annuaire, base de données, pare-feu, sauvegarde, supervision. Une machine virtuelle qui redémarre n’est pas un métier qui repart. Les guides de migration publiés en octobre par des intégrateurs le répètent : le provisoire (règle élargie « pour que ça tienne ») dure si personne n’est chargé de revenir dessus.
- Inventaire par service, pas par VM : qui appelle quoi, quelles données sont critiques, quels éditeurs doivent confirmer par écrit que leurs licences restent valables sur la cible.
- Coexistence : tant que l’ancien et le nouveau tournent, vous payez les deux — et chaque semaine de retard grignote le retour sur investissement.
- Réversibilité avant signature : export des données, sortie du contrat, scénario de retour arrière testé, pas seulement promis dans un slide.
Mettre le macro au bon endroit
L’article d’IT for Business (21 octobre 2026) confronte ce 115 Md€ à une autre échelle : les entreprises européennes consacrent déjà des centaines de milliards par an au logiciel et au cloud, dont l’essentiel part vers des fournisseurs américains. Le chiffre-choc du lobby pèse alors quelques pourcents du flux existant — tout en rappelant qu’une part des 115 Md€ irait à des intégrateurs et éditeurs européens plutôt qu’outre-Atlantique. Pour un dirigeant de PME, la bonne question n’est pas « pour ou contre CADA », mais : combien coûtera chez nous la prochaine bascule, et que se passe-t-il si on ne la planifie pas ?
Si vous préparez une bascule cloud ou une sortie de virtualisation et que les chiffres de presse brouillent la discussion, on peut reprendre votre inventaire et votre calendrier sur une page.
Sources
Cette note a été rédigée avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle à partir des sources citées, puis relue et publiée sous la responsabilité de Jordan FOUASSIER, directeur de la publication. Nous résumons les faits et proposons notre lecture ; les textes et visuels des sources ne sont pas reproduits. Une erreur ? Écrivez à contact@aigyrosgroup.com.